La France est-elle en train de devenir débile ?
La question n’est plus une provocation. Elle s’impose comme une évidence que le pays refuse encore de regarder en face.
Depuis plusieurs décennies le système éducatif français a été progressivement vidé de sa substance. Le niveau a chuté, le mérite est devenu suspect, l’instruction a été remplacée par une idéologie de l’égalitarisme, et la classe politique a préféré la communication à la réalité. Le résultat est sous nos yeux. Un pays qui dépense plus que la plupart de ses voisins pour former des générations de moins en moins capables et qui s’étonne ensuite de son déclin.
Les chiffres qui accusent
Les résultats PISA 2022 placent les élèves français de quinze ans dans la moyenne de l’OCDE mais à des niveaux parmi les plus bas jamais mesurés par l’enquête. 474 points en mathématiques. 474 points en compréhension de l’écrit. Une chute de 21 points en mathématiques depuis 2018, la plus forte depuis le début de l’enquête. Ces chiffres ne sont pas une anecdote. Ils confirment une tendance longue. Chaque année le pays perd du terrain.
Et pourtant la France consacre à l’éducation une part de son PIB supérieure à la moyenne européenne. Entre 5,1 et 5,3 pour cent contre environ 4,7 à 4,8 pour cent pour l’Union européenne. On verse plus d’argent. On obtient moins de résultats. Ce n’est donc pas une question de moyens. C’est une question de choix. On a préféré diluer le niveau plutôt que d’exiger. On a préféré le confort idéologique à la transmission des savoirs fondamentaux.
Dans le même temps le PIB français progresse plus lentement que presque tous les pays de l’OCDE. Le parallèle est frappant. Un pays qui forme mal ses enfants finit par s’appauvrir. Ce n’est pas une opinion. C’est une mécanique.
L’école a trahi sa mission
L’Éducation nationale a abandonné l’instruction. Elle a choisi l’occupation des enfants et la diffusion d’une idéologie. On a progressivement réduit la place de la lecture, de l’écriture et du calcul au profit de programmes flous, d’emplois du temps absurdes et d’une éducation sexuelle précoce. Les paliers d’exigence ont disparu. On ne redouble plus. On accompagne. On valide. On pousse.
Le résultat est connu. Des collégiens incapables de lire correctement une page. Des lycéens qui peinent à rédiger. Des étudiants en thèse dont le niveau d’écriture fait parfois douter qu’ils auraient obtenu le certificat d’études il y a cinquante ans. L’objectif des 80 pour cent d’une génération au baccalauréat, fixé dans les années quatre-vingt, a produit l’inverse de ce qui était promis. Autrefois environ 7 pour cent d’une classe d’âge obtenait le baccalauréat avec un vrai niveau. Aujourd’hui le même diplôme est distribué à des niveaux nettement plus bas. Le collège unique a ouvert la voie à la thèse unique.
Pendant ce temps l’État s’acharne à freiner l’enseignement privé et l’instruction en famille, qui obtiennent pourtant de meilleurs résultats. On combat ce qui marche pour protéger ce qui échoue. C’est le signe d’un système qui refuse de regarder sa propre faillite et qui préfère empêcher la concurrence plutôt que de se réformer.
La méritophobie comme doctrine d’État
Il faut nommer le mal. La France est atteinte de méritophobie. On a peur du mérite. On a peur de l’intelligence. On préfère niveler plutôt que d’élever. Les médias subventionnés s’acharnent sur ceux qui réussissent et taisent les dysfonctionnements structurels. Les contre-pouvoirs se sont affaiblis. La presse dépend des subventions. La justice reste sous influence. Le Parlement est affaibli. Il reste les réseaux sociaux que l’on cherche à réglementer toujours davantage.
Cette hostilité au mérite n’est pas nouvelle. Elle a déjà frappé sous la Révolution qui a envoyé à l’échafaud Condorcet, Lavoisier et André Chénier. La France oscille entre admiration pour les hommes d’exception et destruction systématique des élites. Nous sommes aujourd’hui dans la seconde phase et elle s’aggrave.
Pendant que la Finlande n’admet que 10 à 12 pour cent des candidats au métier d’enseignant et exige un master, pendant que l’Estonie domine l’Europe avec des moyens modestes et que Singapour reste en tête mondiale, la France refuse l’exigence. Elle préfère l’égalitarisme de façade qui produit l’échec de masse et la frustration généralisée.
Une oligarchie qui ne gouverne plus
La classe politique française s’est transformée en oligarchie de recyclage. Ceux qui échouent électoralement se retrouvent à la Cour des comptes, au Conseil d’État ou dans d’autres structures de contrôle. La compétence n’est plus un critère. On fait plaisir à tout le monde. On n’exige plus rien. On communique.
Les exemples s’accumulent. Propositions absurdes sur l’âge de l’obligation scolaire. Gestion catastrophique de certains sujets de sécurité. Manie de la communication au détriment de l’action. Les Jeux olympiques de Paris ont été vendus comme un succès alors que le bilan financier reste contesté. On multiplie les opérations de communication pendant que le pays manque de médecins, d’infirmiers et de personnel de santé, héritage d’un numerus clausus longtemps maintenu contre l’évidence.
Cette oligarchie vit dans un Néo-Versailles concentré dans quelques arrondissements parisiens. Elle est coupée du pays réel. Elle parle de démocratie tout en redoutant le vote du peuple. Elle parle de mérite tout en le combattant. Elle parle d’avenir tout en formant des générations de moins en moins capables de le construire.
Le parallèle romain
La comparaison avec Rome n’est pas gratuite. La sécession de la plèbe montrait un peuple qui quittait physiquement la cité pour forcer les élites à négocier. Aujourd’hui la colère est plus diffuse mais elle est réelle. Elle traverse les classes, les origines et les âges. Ce n’est pas le fait de groupuscules. C’est une rage face à la décadence.
Le déclin julio-claudien éclaire la situation. Auguste trouve Rome en brique et la laisse en marbre. Puis viennent Tibère, Caligula, Claude et Néron. La décadence progresse par étapes. Néron construit la Domus Aurea et un colosse à son effigie. Le spectacle remplace le gouvernement. On retrouve aujourd’hui les mêmes traits. Une élite coupée du réel. Une communication permanente. Une population qui accumule la colère.
Ce qu’il faudrait faire
Rendre aux parents la responsabilité de l’éducation et recentrer l’école sur l’instruction pure. Rétablir des paliers d’exigence clairs et non négociables. Cesser de combattre les alternatives qui fonctionnent. Remettre le mérite au centre du système car les sociétés progressent par imitation de ce qui réussit et non par la destruction de ceux qui réussissent. Créer de véritables lieux de sagesse plutôt que de recycler les recalés de la politique.
La France n’est pas condamnée. Mais elle est engagée dans une spirale où l’incompétence, la peur du mérite et la communication permanente ont remplacé l’action. Comme à Rome les peuples en colère finissent par imposer des changements, parfois brutaux.
La question n’est plus de savoir si la décadence existe.
Elle est de savoir combien de temps encore on pourra la nier et à quel prix.