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Non classé 3 octobre 2026

SpaceX, quatre fusées en quatre jours pendant que l'accès à l'orbite se rationne

SpaceX, quatre fusées en quatre jours pendant que l'accès à l'orbite se rationne

Quatre fusées, quatre pas de tir, quatre jours. Entre le 28 septembre et le 1er octobre 2026, SpaceX a fait voler Starship depuis le Texas, Falcon 9 et Falcon Heavy depuis la Floride, puis une seconde Falcon 9 depuis la Californie. Trois de ces décollages ont eu lieu en 13 heures le 1er octobre, un exploit que l'entreprise n'avait réalisé qu'une fois, les 14 et 15 mars 2025 (Space.com).

Le spectacle impressionne. Il masque surtout un fait plus dur. Celui qui possède la cadence décide qui monte, quand et à quel prix.

Quatre pas de tir, un seul opérateur

La séquence mélange tous les clients de SpaceX. Le 28 septembre, le vol 14 de Starship atteint pour la première fois l'orbite et déploie 26 satellites Starlink V3 (Teslarati). Le 1er octobre, Crew-13 décolle du pas de tir 40 de Cap Canaveral, la treizième équipe envoyée par SpaceX pour la NASA (Associated Press). Transporter-18 part de Vandenberg avec 130 charges utiles, sur un propulseur à son 25e vol (National Space Society). Entre les deux, une Falcon Heavy emporte NROL-97, première mission classifiée du NRO à bord de ce lanceur d'après Teslarati.

Le 1er octobre, quatre premiers étages se posent sur quatre zones d'atterrissage différentes, sur les deux côtes (SpaceX). C'est la réutilisation qui produit cette cadence, pas la puissance brute.

Qui remplit les fusées

Le premier client de SpaceX, c'est SpaceX. Starlink représente environ 79% du manifeste Falcon 9 en 2026, contre 54% en 2020, selon les données compilées par l'astrophysicien Jonathan McDowell et relayées par Reuters. L'entreprise se sert d'abord elle-même.

Le reste se rétrécit. Bloomberg a rapporté le 23 juillet 2026 que l'entreprise refusait les demandes de vols Falcon 9 dédiés au-delà de 2028, et le Wall Street Journal a ajouté le 21 septembre l'arrêt des missions partagées. Seules la NASA, pour ses vols habités, et la défense resteraient servies après cette date.

Au total, Falcon 9 a volé 165 fois en 2025 (NASASpaceFlight), soit un tir tous les 2,2 jours en moyenne, et 101 fois à la fin août 2026 (Space Stats).

Construire un lanceur, le temps qui manque à l'Europe

À fin août 2026, Space Stats recensait 125 lancements orbitaux américains, 60 chinois et 5 européens. Un Vega C s'est ajouté le 15 septembre (European Spaceflight). Ariane 6 a volé quatre fois cette année, et ses trois tirs de février, avril et juin ont emporté des satellites Amazon Leo, pas des charges européennes.

La suite n'est guère plus rapide. Ariane 6 vise neuf ou dix lancements en 2027 et Maia ne volera pas avant fin 2027, d'après Europe Business News. Un lanceur ne se rattrape pas en deux ans. La fenêtre qui compte, c'est 2028.

Combien de temps un opérateur européen peut-il attendre un créneau qu'on ne lui vend plus ?

Défense et orbite, une dépendance à double tranchant

Le NRO sur Falcon Heavy, les satellites de défense servis après 2028, l'ESA qui a confié Euclid et Hera à Falcon 9 (Johns Hopkins, 2023). L'accès à l'espace est devenu une dépendance stratégique. Le lanceur privé est un outil public.

SpaceX conditionne d'ailleurs le basculement de Falcon vers Starship à une cadence de plusieurs vols par semaine (TechSpot, septembre 2026), alors que Starship a réussi sa première orbite à son 14e vol d'essai.

Ce que ces chiffres ne disent pas

L'arrêt des réservations Falcon 9 repose sur des sources anonymes. SpaceX n'a pas confirmé de calendrier de retrait, et dire « complet » ne coûte rien à l'entreprise. Les 79% de Starlink viennent d'un relais secondaire de Reuters, à vérifier à la source.

Autre limite. Compter des lancements ne mesure pas la masse mise en orbite, et Ariane 6 est un lanceur lourd. Enfin, Starship reste un véhicule d'essai tant que sa cadence n'est pas démontrée.

Un carnet de commandes comme frontière

Le seuil critique tient en deux dates. 2028, fin des réservations Falcon 9 annoncée par des sources, et fin 2027, premier vol de Maia. Entre les deux, l'Europe dépend de créneaux qu'elle ne contrôle pas.

Pour un décideur, la conséquence est claire. Les charges européennes sensibles doivent être sécurisées maintenant, avant que la rareté ne devienne un prix. La souveraineté spatiale se joue dans un calendrier.

Quatre fusées en quatre jours ne prouvent pas la puissance d'une entreprise. Elles mesurent le retard de tous les autres.

Cédric Pellicer

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