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International 27 mars 2026

Le Conseil de sécurité se réunit sur l'Iran, présidé par le pays qui fait la guerre

Le Conseil de sécurité se réunit sur l'Iran, présidé par le pays qui fait la guerre

Vendredi 27 mars 2026. Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit à huis clos sur la guerre en Iran. À la demande de Moscou, après des frappes israélo-américaines sur des infrastructures civiles iraniennes, dont une école tuant plus de 150 enfants selon les autorités iraniennes, frappe attribuée à un missile Tomahawk américain par suite d'une erreur de ciblage selon des conclusions préliminaires du Pentagone rapportées par le New York Times.

La séance est présidée par les États-Unis.

Washington assure la présidence tournante du Conseil de sécurité ce mois-ci. Le belligérant préside le tribunal. Ce n'est pas une anomalie procédurale. C'est la définition exacte de la paralysie de l'ordre international multilatéral en temps de guerre entre grandes puissances.

Ce qui se passe aujourd'hui à New York est une démonstration en conditions réelles de ce que le Conseil de sécurité peut et ne peut pas faire quand un membre permanent est directement en guerre.

L'infrastructure du blocage, comment le Conseil est neutralisé par sa propre architecture

Le Conseil de sécurité de l'ONU compte quinze membres. Cinq sont permanents avec droit de veto, les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. Une résolution contraignante nécessite neuf voix favorables et aucun veto des cinq permanents.

Le 11 mars, une première résolution a été adoptée avec treize voix pour et deux abstentions, Russie et Chine, selon Franceinfo (11 mars 2026). Elle exigeait la cessation immédiate des attaques iraniennes contre les États du Golfe et la Jordanie. Elle ne mentionnait pas les frappes américaines et israéliennes qui ont déclenché la guerre le 28 février. Le texte avait été porté par Bahreïn et les membres du Conseil de coopération du Golfe. Washington, président de séance et partie au conflit, l'avait laissé passer.

Le 21 mars, le Conseil a formellement ordonné la réouverture du détroit d'Ormuz selon l'ONU Info. L'Iran contrôle physiquement le détroit. L'ordre n'a pas été suivi d'effet. Depuis le 28 février, le trafic civil est passé de 51 navires par jour à 3 au 13 mars selon Le Grand Continent. Un ordre du Conseil de sécurité sans mécanisme d'exécution est une déclaration. Pas une contrainte.

La réunion de ce vendredi est demandée par Moscou après des frappes sur des infrastructures civiles. La Russie ne peut pas faire adopter une résolution condamnant les États-Unis sans que Washington n'oppose son veto. Elle peut forcer la tenue d'une réunion, rendre publique sa position, documenter l'asymétrie du traitement occidental-iranien dans l'enceinte onusienne. C'est précisément ce qu'elle fait.

La guerre des procédures, comment chaque camp utilise l'ONU comme arme diplomatique

Le Conseil de sécurité est devenu un théâtre de positionnement géopolitique autant qu'un organe de décision. Chaque réunion produit des votes qui documentent les fractures plutôt que des décisions qui modifient les rapports de force militaires.

Le schéma est établi depuis le 28 février. Côté occidental, utiliser le Conseil pour isoler l'Iran diplomatiquement, condamner ses représailles contre les États du Golfe, légitimer une éventuelle coalition navale pour rouvrir Ormuz. Côté russe et chinois, utiliser le Conseil pour documenter les violations du droit international humanitaire par les frappes américano-israéliennes, empêcher toute résolution autorisant une action militaire contre l'Iran, préserver leur image de défenseurs de la souveraineté nationale.

Le résultat est une institution qui produit des textes asymétriques. La résolution du 11 mars condamne les attaques iraniennes contre les pays du Golfe. Elle ne mentionne pas la mort de 150 enfants dans une école iranienne frappée par erreur par un missile américain. Cette asymétrie n'est pas accidentelle. Elle reflète le rapport de force politique interne au Conseil, où les États-Unis président la séance et orientent l'agenda.

L'ambassadeur iranien Amir Saeid Iravani l'a dit sans détour après le vote du 11 mars selon Franceinfo. Washington a abusé de sa position de président pour pousser ce texte. Ce n'est pas une accusation infondée. C'est une description du mécanisme.

Ironie de la situation, c'est la Russie qui doit demander la réunion de ce jour pour qu'une frappe américaine sur une école iranienne soit évoquée dans l'enceinte censée représenter l'ordre international.

L'inertie onusienne, pourquoi aucune résolution ne changera la réalité du terrain

Depuis le 28 février, le Conseil a tenu plusieurs réunions, adopté une résolution condamnant l'Iran, ordonné la réouverture d'Ormuz, entendu le secrétaire général Guterres s'alarmer d'une guerre hors de contrôle. Aucune de ces décisions n'a modifié la trajectoire militaire du conflit.

Brent au-delà de 104 dollars le baril selon Fortune (26 mars 2026), soit une hausse de plus de 40 % depuis le début de la guerre. Gaz naturel européen en hausse de 60 % depuis le 28 février selon Al Jazeera. Trump a reporté son ultimatum de frappes sur les centrales électriques iraniennes au 6 avril selon la RTS. Des milliers de soldats américains supplémentaires se positionnent dans la région selon le Wall Street Journal. Les négociations que Trump affirme conduire avec l'Iran sont démenties par Téhéran.

L'ONU ordonne. La réalité militaire décide.

Ce schéma n'est pas nouveau. Il reproduit la paralysie observée en Ukraine depuis 2022, en Syrie depuis 2011, en Irak depuis 2003. À chaque fois qu'un membre permanent est directement impliqué dans un conflit, le Conseil de sécurité perd sa capacité à contraindre. Il conserve sa fonction de documentation et de légitimation symbolique. Pas sa fonction d'exécution.

Le délai entre une décision du Conseil et un effet mesurable sur le terrain, quand cet effet existe, se compte en mois ou en années. La fermeture d'Ormuz est une réalité de semaines. L'horizon temporel des deux institutions ne se croise pas.

Les connexions stratégiques, ce que la réunion révèle sur les fractures de fond

La demande russe de réunion à huis clos ce vendredi s'inscrit dans une stratégie documentée. Moscou ne peut pas obtenir de résolution condamnant les États-Unis. Elle peut multiplier les réunions qui mettent en scène l'asymétrie du traitement, alimenter le récit d'un Occident qui défend un droit international à géométrie variable, renforcer sa position auprès des pays du Sud global qui regardent ce conflit avec une attention particulière.

La réunion du Conseil de sécurité sur la traite des esclaves trois jours plus tôt, le 25 mars, avait produit le même effet de révélateur. 123 pays contre 3. L'écart entre le bloc occidental et le reste du monde est documenté vote après vote dans cette même enceinte onusienne.

Le G7 se réunit simultanément à Paris. Rubio pousse les alliés européens à rejoindre une coalition navale pour rouvrir Ormuz selon la RTBF. Les Européens refusent le déploiement militaire direct. Ils signent des déclarations politiques. Le Japon a refusé de cautionner l'effort militaire américain. La coalition que Washington appelle de ses voeux n'existe pas encore.

La Chine, de son côté, continue de bénéficier du seul accès non perturbé au détroit. Ses tankers passent. Les 14 millions de barils de pétrole iranien exportés depuis le 28 février via Ormuz vont principalement vers Pékin selon Le Grand Continent. La fermeture du détroit qui ruine les économies asiatiques et européennes profite à la Chine, qui passe librement et achète à prix déprécié.

Les angles morts de cette analyse

Premier angle mort. La réunion à huis clos peut produire des échanges substantiels qui ne seront pas connus publiquement. Le huis clos n'est pas synonyme d'inefficacité. Des positions privées peuvent être plus nuancées que les déclarations publiques. Des canaux de négociation informels s'ouvrent parfois en marge de ces séances. Le Conseil de sécurité fonctionne aussi en coulisses.

Deuxième angle mort. Le veto américain n'est pas automatiquement utilisé contre toute résolution critique. Washington a laissé passer des textes nuancés dans d'autres contextes. La pression d'alliés européens au sein du Conseil, notamment France et Royaume-Uni, peut infléchir la position américaine sur la marge. Ce n'est pas une contrainte structurelle absolue.

Troisième angle mort. La paralysie du Conseil de sécurité peut créer un espace pour des initiatives diplomatiques alternatives. L'Assemblée générale n'a pas de droit de veto. Une résolution d'urgence de l'Assemblée générale sur l'Iran, comme il en a existé sur l'Ukraine, serait non contraignante mais politiquement significative. Ce canal n'est pas épuisé.

Quatrième angle mort. Les négociations entre Washington et Téhéran, même démenties publiquement par l'Iran, peuvent exister par des canaux tiers. Le Pakistan sert déjà d'intermédiaire selon des informations de presse. Une sortie de crise négociée discrètement rendrait les réunions du Conseil de sécurité secondaires dans le déroulement des événements.

Conséquences stratégiques, ce que ça change dans la durée

Le Conseil de sécurité ne sortira pas de cette réunion avec une décision qui modifie le conflit. Ce n'est pas son rôle aujourd'hui. Son rôle aujourd'hui est d'enregistrer les positions, de documenter les fractures, de produire le matériau diplomatique qui servira dans les négociations de sortie de crise.

Pour les décideurs, trois faits actionnables. Premier fait, la présidence américaine du Conseil expire fin mars. En avril, un autre pays prend la présidence. L'asymétrie de traitement des deux derniers mois ne sera pas automatiquement reproduite. Le cadrage des réunions peut changer. Deuxième fait, Trump a reporté son ultimatum sur les centrales au 6 avril. Cette fenêtre de dix jours est diplomatiquement active. Ce que produit le Conseil de sécurité dans les prochains jours peut soit renforcer soit affaiblir la pression sur Washington de ne pas franchir ce seuil. Troisième fait, la Russie et la Chine ont les moyens de rendre la guerre économiquement intenable pour Washington via des contre-sanctions coordonnées sur les exportations énergétiques. Elles ne l'ont pas encore fait. Leur retenue a une valeur de négociation.

Un belligérant ne préside pas une cour de justice. Quand il le fait, ce n'est plus une cour. C'est une salle de réunion où les parties documentent leur désaccord en attendant que la réalité du terrain tranche.

Le Conseil de sécurité n'arrêtera pas cette guerre. Il en écrira les minutes.

Cédric Pellicer

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