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International 17 février 2026

Ukraine, German Galushchenko arrêté en tentant de fuir après avoir détourné 100 millions pendant les coupures de courant

Ukraine, German Galushchenko arrêté en tentant de fuir après avoir détourné 100 millions pendant les coupures de courant

German Galushchenko tentait de quitter l'Ukraine. Le 15 février 2026 au matin, le NABU intercepte l'ancien ministre de l'Énergie à la frontière alors qu'il essayait de franchir le poste de contrôle. Détention immédiate dans le cadre de l'opération Midas, l'enquête anticorruption qui secoue le gouvernement ukrainien depuis novembre 2025. Ce que le NABU ne précise pas dans son communiqué lapidaire, les médias ukrainiens le confirment en quelques heures. Galushchenko aurait blanchi 7,4 millions de dollars dans un fonds en Suisse gérant l'argent de sa famille, en plus de 1,7 million de francs suisses et 2,85 millions d'euros versés directement en Suisse pour payer les études de ses enfants dans des institutions prestigiuses (CNN, NBC, février 2026).

Le timing est brutal. Pendant que Galushchenko transférait des millions vers la Suisse, la Russie détruisait 9 GW de capacité électrique ukrainienne en 2024, soit 33% de la consommation d'avant-guerre (CEPA, décembre 2025). Les quinze centrales thermiques du pays ont toutes été endommagées ou détruites. La population ukrainienne subissait des coupures de courant de 4 à 16 heures par jour pendant l'été 2024. Galushchenko était ministre de l'Énergie pendant ces attaques, entre 2021 et novembre 2025.

100 millions détournés pendant la guerre

L'opération Midas révèle un système simple et massif. Energoatom, l'opérateur ukrainien des centrales nucléaires, passe des contrats avec des entreprises pour sécuriser les infrastructures critiques contre les attaques russes. Ces contrats incluent déjà le coût réel des travaux, plus une marge commerciale normale. Mais Timur Mindich, homme d'affaires proche de Zelensky depuis sa carrière médiatique avant la présidence, organise une surcouche. Les contractants qui refusent de payer des pots-de-vin de 10 à 15% perdent leurs contrats ou subissent des retards de paiement (Al Jazeera, Reuters, février 2026).

Le montant total détourné atteint environ 100 millions de dollars selon le SAPO, le parquet spécialisé anticorruption. Galushchenko aurait facilité la gestion des flux financiers illicites d'après les enquêteurs. Ses comptes familiaux en Suisse reçoivent 7,4 millions transférés via un fonds géré par un suspect qui fournit des services de blanchiment. Deux sociétés écrans dissimulent son implication. Une partie finance les frais de scolarité en Suisse. Le reste reste à identifier (NABU, CNN, février 2026).

D'ailleurs, Galushchenko a utilisé son statut de père de famille nombreuse pour tenter de quitter le territoire. En Ukraine, les pères de trois enfants ou plus bénéficient d'une exemption de mobilisation, ce qui leur permet de voyager à l'étranger. Les gardes-frontières avaient reçu une requête du NABU concernant Galushchenko. Procédure standard quand une personne est impliquée dans des affaires criminelles. Il a été retiré d'un train (Ukrayinska Pravda, Fox News, février 2026).

9 gigawatts détruits, 65% de la capacité perdue

Entre mars et août 2024, la Russie lance neuf vagues d'attaques coordonnées sur le réseau électrique ukrainien. Plus de 400 missiles et drones ciblent les infrastructures énergétiques durant les huit premiers mois de 2024. Le 26 août 2024, une seule attaque implique plus de 100 missiles et 100 drones frappant simultanément (ONU, IEA, septembre 2024). Résultat matériel. Environ 70% de la génération thermique endommagée ou sous occupation russe en mai 2024. La moitié des sous-stations haute tension touchées. Dix-huit centrales de cogénération et plus de 800 chaufferies hors service.

Les dégâts au seul secteur électrique dépassent 11,4 milliards de dollars mi-2024. Les coûts de restauration estimés atteignent 30 milliards (IEA, ACAPS, 2024). L'Ukraine perd 9 GW de capacité de génération en 2024, soit 33% de la consommation d'avant-guerre. Toutes les 15 centrales thermiques du pays subissent des dommages ou sont détruites. Leur part dans le mix énergétique s'effondre à 5%, contre 23,5% avant 2022 (CEPA, décembre 2025).

Le coordinateur humanitaire de l'ONU en Ukraine, Matthias Schmale, déclare en novembre 2024 que les forces russes ont détruit environ 65% de la capacité de production énergétique ukrainienne. Il estime que l'hiver 2024-2025 serait le plus difficile depuis le début du conflit. En octobre 2024, trois attaques massives les 10, 22 et 30 déclenchent des coupures d'urgence dans la plupart des régions (ONU HRMMU, novembre 2025).

Pendant l'été 2024, Kiev subit des coupures jusqu'à 16 heures par jour. Les provinces vivent avec 4 à 12 heures de blackout quotidien. Plus de 3,7 millions de personnes se retrouvent exposées au risque de consommer de l'eau contaminée car les systèmes de purification nécessitent de l'électricité (ONU, septembre 2024). Entre avril et juillet 2024, les départs de réfugiés ukrainiens liés au manque d'accès à l'électricité, l'eau et le chauffage passent de 25% à près de 50% des personnes interrogées aux frontières par le HCR.

Yermak démissionne, le NABU avance

L'opération Midas ne vise pas seulement Galushchenko. Andriy Yermak, chef de cabinet de Zelensky depuis 2020 et conseiller extrêmement influent, démissionne fin novembre 2025 après une perquisition à son domicile de Kiev. Yermak nie tout acte répréhensible. Un ancien vice-Premier ministre est arrêté en novembre 2025. Deux autres ministres de l'Énergie démissionnent sur demande de Zelensky. Le PDG d'Ukrenergo, l'opérateur du réseau électrique national, est limogé en septembre 2024 (Reuters, NBC, février 2026).

Timur Mindich, l'homme d'affaires identifié comme organisateur présumé du système, a fui l'Ukraine quelques heures avant l'exécution des mandats de perquisition en novembre 2025. Il reste introuvable en février 2026. Le NABU travaille avec 15 juridictions étrangères pour retracer les actifs et les transactions financières liées au scandale. Dix pays membres de l'UE collaborent à la collecte d'informations (Reuters, Newsweek, février 2026).

Ironiquement, Zelensky a tenté de limiter l'indépendance des agences anticorruption en 2025. Protestations publiques et pressions des alliés occidentaux l'ont forcé à reculer. L'adhésion à l'Union européenne conditionne le combat contre la corruption. C'est l'une des exigences clés de Bruxelles pour la candidature ukrainienne. Le NABU a ouvert 737 affaires en 2025, nommé 218 suspects, envoyé 124 dossiers aux tribunaux et obtenu 95 condamnations d'après son rapport annuel publié la semaine précédant l'arrestation de Galushchenko (Reuters, février 2026).

La souveraineté énergétique dépend de l'État de droit

L'affaire Galushchenko révèle un paradoxe structurel. L'Ukraine se bat pour sa souveraineté territoriale contre la Russie. Dans le même temps, la corruption interne mine sa souveraineté énergétique en détournant les fonds destinés à sécuriser les infrastructures critiques. Chaque million détourné représente des protections non installées, des réparations non effectuées, des coupures prolongées.

Les attaques russes détruisent les capacités physiques. La corruption détruit les capacités financières de reconstruction. L'effet cumulé fragilise la résilience du pays face à une guerre d'attrition énergétique délibérée menée par Moscou. La Russie a multiplié par cinq sa production de drones Shahed en un an. Les frappes de novembre 2024 utilisent 5 400 drones contre 330 en juin 2024 (Chatham House, novembre 2025). La production de missiles balistiques et de croisière aurait augmenté de 66% en un an selon les services de renseignement militaire ukrainiens.

Quand le chef de cabinet présidentiel démissionne, quand trois ministres de l'Énergie successifs sont impliqués dans des scandales, quand le ministre arrêté tente de fuir le pays avec l'argent blanchi en Suisse, la question n'est plus seulement judiciaire. Elle devient politique et stratégique. Volodymyr Fesenko, analyste politique basé à Kiev, résume la situation. "Cette affaire est comme une mine à retardement. Elle peut encore exploter, juste plus tard, après la fin des combats." (Reuters, février 2026).

Le test de l'adhésion européenne

L'Union européenne observe. Bruxelles a fait de la lutte contre la corruption une condition sine qua non de l'adhésion ukrainienne. Le scandale Midas intervient alors que l'Ukraine négocie son statut de candidat avec des institutions européennes qui exigent des réformes de gouvernance en profondeur. Les 11,4 milliards de dollars de dégâts aux infrastructures électriques nécessitent des financements européens massifs pour la reconstruction. Ces financements ne viendront que si l'État de droit progresse.

Le NABU et le SAPO, les agences anticorruption indépendantes, ont survécu à la tentative de Zelensky de réduire leur autonomie. Leur capacité à enquêter sur l'entourage présidentiel démontre une forme de résilience institutionnelle. Mais la fuite de Mindich, les millions transférés en Suisse, l'utilisation de sociétés écrans montrent aussi les limites des poursuites quand les suspects disposent de ressources et de réseaux internationaux.

L'arrestation de Galushchenko envoie un signal double. Aux Européens, que l'Ukraine poursuit ses efforts anticorruption malgré la guerre. À la population ukrainienne, que certains officiels ont profité des contrats de guerre pendant que les citoyens subissaient des coupures de 16 heures. La popularité de Zelensky a souffert en 2025 après sa tentative de limiter l'indépendance du NABU. Une nouvelle vague de révélations pourrait éroder davantage la confiance.

La fenêtre de reconstruction post-guerre se compte en années. Mais l'effet politique du scandale Midas se mesure en mois. Les prochaines révélations détermineront si l'affaire reste circonscrite à quelques ministres démissionnaires et un homme d'affaires en fuite, ou si elle atteint le cœur du pouvoir. German Galushchenko ne tentait pas de partir en vacances. Il tentait de fuir un pays en guerre avec 7,4 millions de dollars blanchis en Suisse.

"La souveraineté énergétique exige du béton, de l'acier et des transformateurs. Elle exige aussi de la transparence, de la reddition de comptes et un État de droit fonctionnel. L'Ukraine construit le premier sous les bombardements. Elle teste le second sous pression politique."

Cédric Pellicer

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