Note. Cet article est rédigé le 28 février 2026. Les opérations militaires sont en cours. Certains chiffres de pertes, notamment du côté iranien, proviennent exclusivement de sources gouvernementales iraniennes et ne peuvent pas être vérifiés indépendamment à cette heure.
À 2h30 du matin, heure de la côte Est, Donald Trump a posté une vidéo de huit minutes sur Truth Social. Casquette blanche "USA", pupitre présidentiel, Mar-a-Lago en décor. "Short time ago, US military began major combat operations in Iran." Les mots sont précis. Pas une frappe chirurgicale. Pas une opération limitée. Des "opérations de combat majeures." Simultanément, le général de brigade Effie Defrin, porte-parole de l'IDF, annonçait des dizaines de frappes sur des cibles militaires iraniens dans le cadre d'une attaque "large, coordonnée et conjointe contre le régime." L'opération porte deux noms, Epic Fury côté Pentagone, Lion's Roar côté IDF. Ces deux noms disent la même chose. Ce n'est pas une reconduction des frappes de juin 2025.
C'est une autre guerre.
L'architecture de la frappe, ce qui distingue Epic Fury de Midnight Hammer
Juin 2025. Sept bombardiers furtifs B-2 avaient volé 37 heures depuis les États-Unis, armés de quatorze GBU-57 de 13 600 kilogrammes chacune. Trois sites nucléaires, Fordow, Natanz, Ispahan. Trump avait déclaré le programme "totalement oblitéré." L'ISIS (Institute for Science and International Security) avait ensuite nuancé. Les sites étaient détruits. Mais 440 kilogrammes d'uranium enrichi à 60% restaient introuvables, et deux nouveaux chantiers souterrains, Pickaxe Mountain et Taleghan 2, avaient été entamés en granite dur pour résister précisément aux GBU-57.
Ce matin, l'approche est différente à trois égards mesurables.
Premièrement, le dispositif. Deux groupes de frappe de porte-avions sont engagés, l'USS Gerald R. Ford et l'USS Abraham Lincoln, accompagnés de 14 destroyers à missiles guidés et de sous-marins positionnés dans l'Océan Indien et la Méditerranée orientale. Des missiles Tomahawk BGM-109 lancés depuis la mer ont été intégrés aux premières vagues de frappes, selon Army Recognition qui cite des observations OSINT de trajectoires à basse altitude au-dessus de l'espace aérien irakien. Les F-35I Adir et F-15 israéliens ont assuré les "paquets d'ouverture" sur la partie ouest de l'Iran, là où se concentrent les brigades balistiques. Le Pentagone a également prépositionné des F-35 à bord des porte-avions.
Deuxièmement, la liste des cibles. Ce n'est plus uniquement le programme nucléaire. GlobalSecurity.org compile les cibles confirmées par sources ouvertes. Le Ministère du Renseignement, le Ministère de la Défense, le Bureau du Guide Suprême à Téhéran, l'Agence atomique iranienne, la base de Parchin. Les villes frappées identifiées couvrent Téhéran, Ispahan, Qom, Karaj, Kermanshah, Tabriz et la province du Lorestan. L'IDF a explicitement annoncé cibler "des commandants politiques et militaires iraniens de haut rang" pour "déstabiliser le régime", selon deux responsables américains cités par NBC News.
Troisièmement, l'objectif politique déclaré. Trump l'a dit en direct. "When we are finished, take over your government." Netanyahu a dit la même chose autrement. "Notre action conjointe créera les conditions pour que le courageux peuple iranien prenne son destin en main." Ces deux phrases ne décrivent pas une opération antinucléaire. Elles décrivent un changement de régime.
La riposte, huit États et un Détroit
Vingt minutes après les premières frappes. Les sirènes d'alerte hurlaient à Tel-Aviv. Des trajectoires de missiles iraiens striaient le ciel au-dessus de Jérusalem. Le Dôme de Fer et Arrow 3 travaillaient. Un missile balistique iranien a touché une cible à Tel-Aviv selon les premières informations Reuters, sans bilan confirmé à l'heure de l'écriture.
Mais le champ de bataille s'est immédiatement élargi. L'Iran a frappé simultanément les bases américaines dans sept pays. Bahreïn (siège de la 5ème Flotte américaine), Qatar (Al-Udeid, la plus grande base aérienne US de la région), Koweït, Émirats arabes unis, Jordanie, Irak et Arabie Saoudite. Les défenses antimissiles locales, Iron Dome déployé en Israël, Patriot sur les bases américaines, ont globalement intercepté les premières vagues. À 7h10 heure de Washington, un responsable américain confirmait à NBC News, aucune victime américaine dans les bases régionales. Un travailleur migrant asiatique a été tué à Abu Dhabi par des débris d'interception, selon le Ministère de la Défense des Émirats.
Khamenei est vivant. "Autant que je sache", a formulé prudemment le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi à NBC News depuis Téhéran, ajoutant que deux commandants avaient été tués. Selon Reuters, le Guide Suprême avait été transféré vers un lieu sécurisé avant le déclenchement des frappes. Les transmissions mobiles ont été perturbées dans plusieurs quartiers de Téhéran selon le correspondant Al Jazeera Maziar Motamedi sur place. NetBlocks signale une connectivité internet tombée à 54% de la normale dans la capitale.
La question du Détroit d'Ormuz reste posée. 20% du pétrole mondial y transite quotidiennement, soit environ 21 millions de barils par jour selon l'Energy Information Administration. L'Iran détient la rive nord sur toute la longueur du passage. Le FM Araghchi a convoqué ses homologues de six pays du Golfe pour les avertir "de ne pas permettre à Washington ni à Israël d'utiliser leurs installations pour frapper l'Iran." La réponse de Doha sur les bases Al-Udeid est venue quelques heures plus tard par des défenses réussies et une déclaration de "réservation du plein droit de se défendre."
Ce que l'histoire de l'opération révèle sur le timing
Le détail opérationnel qui n'est pas un détail. Operation Epic Fury a démarré "exactement au moment où le délai de dix jours fixé par Trump expirait", note Axios. La dernière réunion de négociation s'était tenue à Genève le 25-26 février. Oman avait décrit "des progrès significatifs." Araghchi avait confié à NBC News que "les deux parties étaient proches d'un accord." Badr al-Busaidi, le médiateur omanais qui avait reçu JD Vance à Washington le vendredi, a réagi sur X par un mot, "dismayed."
Ironiquement, c'est ce même ministre omanais, unique médiateur crédible avec un accès simultané à Washington et Téhéran, dont la crédibilité pour toute future médiation vient d'être fragilisée. L'Oman n'a pas été ciblé par les ripostes iraniennes. Mais son rôle de facilitateur neutre repose sur une confiance des deux côtés qu'une guerre en cours érode mécaniquement.
Trump a, selon Axios, "fait des commentaires trompeurs sur l'état des programmes nucléaires et balistiques iraniens dans l'urgence pré-frappes, décrivant une menace plus immédiate que ne le reflètent les évaluations officielles." Ce point mérite une attention précise. Si les programmes cibles existaient mais n'étaient pas à un seuil d'urgence immédiate, l'argument légal de légitime défense préventive devient contestable devant le droit international. Araghchi a qualifié l'opération de "violation claire contre la paix et la sécurité internationales." L'Assemblée générale de l'ONU se retrouve avec un vote au calendrier qui n'aura aucun effet militaire mais qui révèle les lignes de fracture diplomatiques mondiales.
L'absence d'autorisation formelle du Congrès a immédiatement fait surface. Le Gang of Eight, groupe bipartisan de dirigeants congressionnels, a été "informé en détail plus tôt cette semaine que des actions militaires pouvaient devenir nécessaires", selon le Speaker Johnson. Informé n'est pas autorisé. La distinction entre un briefing de précaution et une résolution de guerre reste juridiquement non résolue en droit américain, et plusieurs sénateurs démocrates en font déjà un angle politique.
Les civils, les dommages non confirmés et la bataille des narratifs
La frappe la plus sensible. Une école primaire de filles à Minab, dans la province du Hormozgan au sud de l'Iran. Le FM Araghchi a publié sur X une photo du bâtiment effondré avec une formule sans détour. "Des dizaines d'enfants innocents ont été assassinés sur ce seul site." L'agence iranienne IRNA rapporte 53 élèves tués et 63 blessés. Ces chiffres viennent exclusivement de sources iraniennes officielles. Aucune vérification indépendante n'était possible à l'heure de publication.
L'IDF a publié en farsi un message avertissant "toutes les personnes situées à l'intérieur ou près des usines militaires et des infrastructures militaires" qu'elles étaient "en proximité d'armes et de sites dangereux" et devaient évacuer. Ce message ne garantit pas l'absence de frappes sur des infrastructures civiles. Mais il documente que l'avertissement aux civils a précédé les frappes, ce qui a une importance précise dans le droit international humanitaire.
Ce que l'opération laisse ouvert est plus important que ce qu'elle ferme. Khamenei est hors d'atteinte ce matin. Le programme nucléaire iranien, déjà frappé en juin, a été ciblé à nouveau mais sur un inventaire de centrifugeuses et de fissiles dont la localisation exacte reste partiellement inconnue. Les 440 kilogrammes d'uranium enrichi à 60% qui avaient disparu des radars de l'AIEA depuis juin 2025 pourraient se trouver dans des tunnels sous Pickaxe Mountain, dans des camions sur des routes secondaires iraniennes, ou hors du territoire. Personne ne le sait publiquement. La frappe peut détruire les installations connues. Elle ne peut pas détruire ce qu'elle ne voit pas.
La vraie question n'est pas militaire. Elle est politique. Un Iran sans Khamenei mais avec de l'uranium enrichi est-il plus sûr qu'un Iran avec Khamenei mais sans enrichissement ? L'opération Epic Fury a choisi sa réponse. Elle n'a pas encore prouvé qu'elle avait raison.
Qu'une frappe réussisse à renverser un régime, l'histoire l'a démontré à de rares exceptions. Ce que l'histoire démontre de façon répétée, en revanche, c'est qu'une frappe extérieure mobilise d'abord les nationalismes. Reza Pahlavi appelle les forces armées iraniennes à "rejoindre le peuple". Il est à Washington depuis quarante-sept ans. Le corps des Gardiens de la Révolution est à Téhéran depuis ce matin.
Cédric Pellicer