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International 27 octobre 2026

Netanyahou joue la guerre pour ses élections

Netanyahou joue la guerre pour ses élections

Benjamin Netanyahou a encore sorti son arme électorale préférée. Menacer d’escalade militaire pour convaincre les Israéliens que sans lui le pays est condamné. Cela fait quarante ans qu’il utilise cette martingale. Cette fois pourtant quelque chose a changé.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne a dit non de façon publique. Avigdor Lieberman, homme de droite et ancien ministre de la Défense, a déposé plainte pour haute trahison. Il accuse Netanyahou d’avoir tenté de relancer la guerre contre l’Iran pendant la campagne électorale pour des motifs purement personnels. Quand la droite israélienne elle-même commence à parler de trahison, le signal est clair. La méthode Netanyahou s’essouffle. Même Yaïr Lapid a jugé que le post d’un champignon nucléaire par le Premier ministre allait trop loin. Netanyahou continue de marteler que sans lui les Israéliens risquent l’extermination. Cette rhétorique qui a fonctionné pendant des décennies commence à produire l’effet inverse.

Une conjonction historico-politique dangereuse

Les élections israéliennes ont lieu demain. Les résultats définitifs ne seront connus que vers le 4 novembre à cause du vote par correspondance. Dans le même temps les midterms américains approchent. Cette fenêtre de quelques jours crée une zone de vulnérabilité maximale.

Les États-Unis ont envoyé un troisième porte-avions dans la région. Le pétrole tourne autour de 114 à 120 dollars le baril. À 80 dollars la Russie équilibre déjà son budget de guerre. À 120 dollars elle se frotte les mains. Donald Trump lui-même est allé à la rencontre des Russes en partie pour cette raison. Les marchés financiers commencent à s’inquiéter sérieusement. Certains traders ont même tweeté qu’il ne fallait pas ouvrir les marchés lundi.

Du côté iranien on prend la menace au sérieux. Des consignes ont circulé pour les populations vivant près du site de Fordow en cas d’attaque nucléaire. Des députés iraniens ont affirmé que Téhéran pouvait rendre Israël invivable en une heure. D’autres rappellent qu’il suffit de frapper Dimona, le site nucléaire israélien, pour obtenir un effet comparable à une arme atomique. L’Iran multiplie aussi les frappes contre des pétroliers dans le Golfe et le détroit d’Ormuz pour montrer qu’il ne baissera pas les bras. Le message est clair. Toute nouvelle frappe entraînera une riposte qui ne se limitera pas au théâtre local.

La dissuasion du faible au fort

Téhéran a compris qu’il ne gagnerait pas une guerre classique. Il joue donc une autre partition. Menacer de fermer complètement le détroit d’Ormuz. Couper les câbles internet qui passent par la mer Rouge et le Golfe. Utiliser ce qu’on appelle la main morte, un dispositif de riposte automatique en cas de décapitation du commandement.

Ce concept n’est pas nouveau. Les Soviétiques avaient le système Périmètre conçu pour déclencher des frappes même si le bureau politique avait été entièrement éliminé. Israël est réputé disposer de l’option Samson. Les États-Unis ont leurs propres procédures. Quand plusieurs puissances nucléaires ou quasi-nucléaires activent ce type de logique en même temps, le risque d’escalade incontrôlée augmente fortement. Des analystes proches du système iranien évoquent explicitement cette éventualité en cas de nouvelle frappe américaine et israélienne visant à éliminer les dirigeants comme cela s’était produit lors de la guerre de quarante jours.

Mais la vraie nouveauté se situe ailleurs. L’Iran gagne actuellement la guerre de l’information. Le studio Explosive Media produit des clips en Lego qui reprennent les codes des Epic Rap Battles of History. Ces vidéos ciblent directement l’électorat de Donald Trump. Elles accusent les intérêts israéliens d’avoir capturé la politique américaine et d’avoir transformé Trump en zombie. Elles cumulent des millions de vues, notamment aux États-Unis. C’est une dissuasion du faible au fort particulièrement efficace. Les réseaux sociaux deviennent une arme stratégique. Pendant que certains alliés de Netanyahou contrôlent une partie des grands médias câblés américains, l’Iran utilise X et les formats viraux pour toucher directement l’opinion. Cette bataille médiatique touche aussi le monde arabe, zone où Téhéran avait traditionnellement plus de difficultés à peser.

Le pétrole iranien, vrai enjeu stratégique

Derrière les postures se cache un objectif plus structurel. L’Iran est l’un des derniers grands producteurs d’hydrocarbures qui échappe encore largement au contrôle américain. Contrôler son pétrole et son gaz permettrait de verrouiller l’ensemble des réserves du Golfe et de disposer d’un levier puissant contre la Chine, dépendante de ces flux énergétiques.

C’est cette logique qui explique la persistance de la pression malgré les risques. La promesse de campagne de Trump était de ne pas entrer dans une guerre avec l’Iran. Il avait même géré avec une certaine habileté l’épisode des douze jours en le présentant comme une victoire rappelant la guerre des Six Jours. Puis la ligne a basculé. Les explications varient. Certaines évoquent des pressions liées à des dossiers personnels. D’autres pointent simplement la continuité de la stratégie américaine de contrôle des ressources.

Les analystes iraniens estiment que l’objectif n’est pas seulement d’affaiblir le pouvoir en place mais de prendre le contrôle des hydrocarbures et si possible de balkaniser le pays. L’Iran reste l’un des rares États dont les réserves échappent encore largement à la domination américaine, contrairement à la quasi-totalité des autres producteurs hors Russie. Contrôler ces ressources permettrait ensuite de faire pression sur Pékin dans la perspective d’un conflit autour de Taïwan.

Un système qui s’emballe

La situation actuelle réunit plusieurs facteurs déstabilisants. Élections israéliennes. Midterms américains. Prix du pétrole élevé. Bulle de l’intelligence artificielle qui commence à se dégonfler, comme l’a reconnu Elon Musk lui-même en indiquant que certaines sociétés du secteur ne trouvent déjà plus de refinancement. Menaces sur les flux maritimes et numériques. Dispositifs de riposte automatique. Propagande de plus en plus sophistiquée.

Dans ce contexte chaque camp croit encore pouvoir maîtriser l’escalade. L’histoire montre que c’est rarement le cas. Demain sera l’anniversaire de la décision du capitaine soviétique Vassili Arkhipov qui, en 1962, a refusé de tirer une torpille nucléaire pendant la crise de Cuba. Un seul homme avait alors empêché l’irréparable. Il avait survécu à un accident nucléaire et avait refusé d’obéir malgré la pression du commissaire politique. Sans liaison radio avec Moscou et encerclé par la flotte américaine, il avait jugé que tirer serait une folie.

Aujourd’hui les mécanismes de décision sont plus complexes, plus politisés et plus exposés aux logiques électorales. Netanyahou a besoin de la peur pour gagner. Certains faucons américains croient encore à une frappe décisive. Téhéran montre qu’il est prêt à faire payer un prix très élevé, y compris en menaçant de couper le trafic maritime et numérique. Les Iraniens ont clairement indiqué que toute nouvelle frappe entraînerait une riposte visant non seulement Israël mais aussi les intérêts américains et ceux de leurs alliés du Golfe.

Le pétrole à 120 dollars n’est que le premier symptôme. La suite dépendra de ce qui se passera entre le 27 octobre et le 4 novembre.

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